CE QU’EST L’AMONUMENT

Ce qu’est l’Amonument.  
N’oublie ni ne pardonne jamais.

Nous n’attendons rien de la pérennité des monuments qui parsèment l’Ouest et le Far West depuis que la pierre taillée se mêle au bronze ou au polymères, que les commandes publiques valident par soucis de modernité. Nous laissons aux romantiques de LaRépublique le hobby de traverser la capitale en sifflant à leurs nièces combien il est important que l’on rende à une statue son caractère original et originel. Ce qu’oublie trop facilement Leopold Bloom, c’est qu’il n’y a rien d’original à s’inspirer de ce qui a fait événement entre 1789 et 1880, du Club Breton à Gambetta, qui amnistia les quelques communards qui ne furent pas encore morts-déportés et officialisa la fierté que ressentirent quelques civils à chanter la Marseillaise.

On a alors plutôt Kalash Criminel en tête, en écrivant ces mots.

Si certains observateurs des insurrections passées ont eu l’ennui de croire qu’un statique suffirait à rendre le caractère originel d’un coup d’éclat, c’est qu’ils n’ont peu dû avoir la politesse d’esprit de passer du temps dans les ateliers des sculpteurs à qui ils passaient commande, ce qui leur aurait montré combien la différence entre les rythmes et intensités de production d’une colonne et celles d’une insurrection est monumentale. Un complice, de l’époque des chiffonniers, notait ceci : C’est en quoi il se rapprochent, quelque énorme que paraisse ce paradoxe, d’un jeune peintre dont les débuts remarquables se sont produits récemment avec l’allure d’une insurrection. Et n’oubliait pourtant pas de préciser cela :  M. Courbet, lui aussi est un puissant ouvrier, une sauvage et patiente volonté. Il faudrait déserter ces non-lieux que sont les salles d’exposition et passer du temps dans ces ventres que sont les ateliers.

Peut-être, ces présences vous inviteront-ils au marché, là où se trouve ce qu’aucun artiste ne pourra prétendre avoir peint ou sculpté.

Un artiste imagine des solutions qui anéantiraient la charge symbolique que revêt l’Arc de Triomphe, concevant des structures le prenant en otage, sortes d’échafaudages qui permettraient, dans l’imaginaire toujours, à de nouveaux acteurs de la société civile de s’emparer de ce monument belliqueux, et ce de la manière dont ils le souhaiteraient. « Des constructions temporaires et éphémères sur l’arche seront la preuve par le fait de la réappropriation de nos vies. ». En plus de produire de mauvais jeux de mots, l’artiste se veut l’organisateur de la subversion, comme une boîte d’évènementiel se voudrait être le partenaire de la fête, alors qu’il n’y a de la fête que lorsque la fête est passée, et non lorsque ce qu’il y avait à fêter s’est perdu dans le mensonge, sur le trajet vers Oberkampf.

Alors que ces badauds de la création rempliront leur formulaire sur le chemin des idées mortes-nées, tandis qu’ils croiront imaginer-vouloir-bien-faire, nous autres prépareront ceci : ce que le matrimoine est à l’architecture, le cratère l’est à la comète.

Ni Arc de Triomphe, ni Triomphe de Christo. Réduire une arche à sa fonction porteuse ne suffira pas à la faire disparaître, ce qu’il nous faut, c’est se rappeler dans quel fracas les carrières ont été taillées, et combien de poussière a pu être déversée lors de l’acheminement des pierres. Il nous faut rappeler à certains dans quelles conditions ils sont nés.

« Vous ne rentrerez dans vos foyers qu’en traversant collines et marais ! »

x, xx, xxx.

Il n’ y a pas de barricades qui apparaissent sur “les champs” soudainement comme des smartbox à Noël. Il y a de la barricade lorsque des membres du front de libération de la terre font tomber des pylônes électriques plantés sur des plaines d’Amérique, provoquant ainsi la panne d’un territoire sur lequel aucun peuple ne se voyait vivre sans moyens de communication. Il y a de la barricade lorsque une foule retient le passage d’un élu, lui laissant assez de répit pour qu’il puisse, avec mépris, écourter de son gel antibactérien l’enchaînement du serrage des mains de ceux à qui cela suffit. Il y a de la barricade lorsque des travailleurs de l’ombre produisent simultanément des rafale de DDoS qui empêchera les sites du gouvernement de tourner des heures durant, dérobant au passage les informations stratégiques nécessaire à l’évacuation d’un site de rétention d’eau.  Et alors peut-être, il y aura de la barricade sur ces champs de bataille que sont les boulevards et ceux-ci ponctueront le calendrier de l’Avent comme les termites aiment à le faire souvent, des chapelets de trous dans l’Etat.

Une nuit, l’on recevra un appel à se réunir, à fêter l’inauguration d’une colonne, et une fois s’être rendu à l’emplacement indiqué, si peu et tant sceptique, en se baissant un peu l’on pourra lire inscrit en mosaïque verte de bris au fond l’eau trouble : Tango Down.

Si des cheminots ont eu l’intelligence de produire ce léger déplacement, celui de faire se rencontrer enfin deux engins élancés sans fin ne se frôlant jamais, qui ne se croisent que pour se faire reluquer en gare, comme on irait se mater en boite. Alors nous n’avons plus comme raison que l’amnésie, pour attendre que ces gestes se produisent à nouveau et que vienne enfin le temps où nous n’aurons plus affaire à cet étudiant en droit feuilletant La Décroissance à la station verte Besançon-Viotte TGV.

Ils ne dirent mots, s’armèrent, et rendirent à cette sphère en métal fixée à la base d’un socle en béton armé le souvenir qu’elle se voulait invoquer : celui du jeu. Boumbouboulou !

S’il fut un temps, où les écoliers des beaux arts se formaient pour représenter en dur les scènes qui leur étaient contemporaines, pour rendre à leur maîtres des toiles si légères où s’y transfiguraient des moments si fracassant. Maintenant, afin qu’aucun d’entre ces commissaires n’essayent de nous arrêter tandis que nous essayerons de nous retrouver nous-même, alors le temps est venu pour nous de disparaître.

Ce qu’est l’amonument, Alice Dobra, 2016

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