LA FAIM

La machine s’arrête. La poussière qu’elle expire
tournoie comme un brouillard d’automne
et se pose sur la nuque courbée des hommes
qui mangent maintenant. La chemise imprégnée de crasse

refroidit sur leurs épaules. Ils engouffrent, ils engouffrent
un peu de pain et de concombre pour tout déjeuner
c’est ainsi qu’ils mangent, ne laissant rien perdre
ils mordent à pleines dents, et mordent encore.

Désormais ils ne soucient pas du temps,
les coups de dents se bousculent presque
mais chaque bouchée est bien mâchée

Encore bien portants, avec leurs poumons de paysans
ils aspirent, mastiquent la poussière, l’odeur du foin
ils mangent, mangent, ne parlent pas et mangent.

La faim, Attila József, 1922-1934

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