LA DESCENTE D’ORPHÉE

Le heurt du Midi et du Nord, de la Provence des troubadours et des cathares et du reste de la chrétienté européenne était inévitable.
Opposition économique, politique, etc. Opposition plus profonde : Apollon réprime Dionysos dont il s’effraie parce que celui-ci révèle des vertiges cachés. Dionysos, le dieu de l’ivresse et de la danse… Le catharisme étouffé, il restera des sous-produits de l’hérésie : hystérie chez les uns, messes noires chez d’autres, adoration du Malin, de « Celui avec qui on a été injuste », chez d’autres encore, etc. Il restera aussi les sorcières, et surtout l’image de la sorcière qui cristallisera rébellion, amour, terreur, etc.
Il reste des vestiges ethnologiques.
La civilisation provençale était dionysiaque, avons-nous dit. Pas tout à fait ! Elle voulait apprivoiser le dieu.
Le dieu avait couvé sous mille cendres.
Le Haut Mal, la Folie sacrée allait s’humaniser.
La révélation chrétienne lui tissait son vêtement de grâce.
La Croisade arracha la moisson encore jeune.
Elle fit place au désert.
Le dieu est prisonnier, enserré dans les liens de la culpabilité à nous inculquée par l’Église.
S’il avait vécu, il aurait salué Orphée.
Avec Orphée, la descente aux Enfers. Et là, nous aurions sauvé la musique captive.


La descente d’Orphée
, André Nataf, Le miracle cathare, 1968

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